mardi 26 juillet 2016

Du nom de ce blog

Une amie m'avait demandé, quand j'avais commencé mon blog il y a dix ans déjà, à quoi correspondait son nom... Il est peut-être temps de lever le mystère.

Elle avait émis l'hypothèse que kat était pour catéchète... Je n'y avais pas pensé, mais ça aurait été une explication sensée. Elle me connaissait en tant que telle, ça faisait dix ans que je m'occupais des enfants de la paroisse... Des tout petits aux adolescents, de la garderie au groupe de jeunes, en passant par divers groupes de catéchisme.

Je n'avais pas réalisé que le caté était une activité constitutive me ma vie. Transmettre une culture biblique, vivre les histoires, s'interroger, ne pas avoir toutes les réponses mais être en chemin ensemble... C'était tellement naturel que je ne pensais même pas qu'on pouvait me définir en tant que telle. Transmettre, accompagner étaient comme respirer.

Me rendre compte bien des années plus tard que les gens perçoivent des choses de nous qu'il ne nous semble même pas nécessaire de souligner. Ma foi vécue avec pudeur dans une société dans laquelle se réclamer d'une confession est quasi synonyme d’extrémisme.

Kat aurait pu être catéchète - une fonction que je n'ai pas abandonnée depuis malgré les déménagements - mais ce n'est pas ce cas. J'y pense souvent tout de même, car l'échange que je peux avoir au travers du caté avec ces enfants que leurs parents nous confient, l'amour qu'ils me donnent, l'enrichissement au travers et des questions et la recherche de réponses possibles sont un cadeau merveilleux que je ne voudrais pour rien au monde manquer.

Catéchète, c'est une partie de moi. Mais kat, c'est moi. Ce sont mes initiales dans l'ordre hongrois (nom, prénoms): Krüzsely Ágnes Tünde. C'est ce que mes parents m'ont donné comme identifiant visible. Mais c'est aussi tout ce qui me constitue: mes expériences, les blessures, les échecs, les joies. Ce que mes parents m'ont donné sur mon chemin de vie, et ce que j'ai moi-même fait pour me construire, les influences diverses que j'ai intégrées, consciemment ou non, pour construire mon identité. C'est une partie de ça que je partage sur ce blog, de manière totalement subjective...

mercredi 13 juillet 2016

Ce soir, à ma fenêtre

Ce soir, à ma fenêtre... De la musique magnifiquement mélancolique en arrière-fond, une voix merveilleuse et des instruments et rythmes envoûtants. J'écris. Parce qu'écrire, c'est respirer, avec la musique.

Je vois une jeune fille qui croit danser à l’abri des regards et je me dis qu'elle est belle, l'insouciance de la jeunesse.

La jeunesse.. Je ne m'en sens pas loin quand je regarde autour de moi. Me restent deux meubles de mes années d'étudiante, un buffet et une table. Le reste... Ce sont des dons d'amis et de connaissances, des achats de seconde main, un tour ou deux chez le géant bleu de la consommation mobilière à bas prix.

La liberté de la jeunesse, elle n'a pas d'âge, qu'en dites-vous ?

Je vous offre un morceau pas trop triste, qui me rappelle la jeunesse, la liberté et un peu de légèreté...


vendredi 17 juin 2016

Sécurité et toute puissance

Vos militaires patrouillant sous la tour Eiffel et dans les couloirs du métro ne me rassurent pas. Les hommes en uniforme, la mitraillette à la main, campés autour du rond-point du village voisin du mien n'ont rien pour me faire sentir en sécurité. Au contraire, ils me font peur, me sentir menacée, en faute, recherchée. Les panneaux d'alerte vigipirate affichés partout, me forçant à ouvrir mon sac à main chaque fois que je franchis une porte, à montrer ma carte d'identité quand je veux envoyer une enveloppe plus grande que le format B5, me rappelant que je n'ai rien à faire devant l'école où je pourrais rencontrer mes copines, m'agacent. Ils me rappellent que votre pays est en état d'alerte, mais que vos vigiles et vos affiches ne sont que de la poudre aux yeux. Ce gardien devant un musée parisien me l'a confirmé en m'avouant son désarroi devant ces mesures somme toute dérisoires. Les gendarmes postés devant le passage de frontière près de chez moi me donnent mal au ventre, même s'ils me laissent passer après avoir demandé où j'allais. Le déploiement en force des gardes-frontières (les nôtres cette fois-ci), fouillant ces voitures et cette camionnette, ne ne rassurent pas plus, moi qui veux passer la frontière à pied, mes deux enfants à la main.

Je me sens comme une mère réfugiée, tenant ses enfants près d'elle pour les protéger. Parce que les enfants ont peur, eux. La mère reste calme, il n'y a rien à craindre, nous vivons dans un pays sûr et le pays voisin l'est aussi - même s'il est en état d'urgence depuis des mois, à quoi cela servirait-il de le rappeler aux enfants qui n'y comprennent rien, d'ailleurs les adultes n'y comprennent pas grand chose non plus. Et je pense à cette mère réfugiée qui, elle, a vraiment peur car elle risque sa vie et celle de ses enfants. Mais ce risque est mieux que la quasi certitude d'une vie insupportable chez elle.

Vos hommes en uniforme me rappellent les temps de guerre dans ce pays qui s’appelait alors encore la Yougoslavie. Quand les patrouilles étaient partout, m'arrêtaient tous les quelques kilomètres sur mon chemin et avaient tout pouvoir sur moi. Quand nous sursautions à chaque fois qu'un policier ou soldat entrait dans le bar du village, que nous nous redressions comme des enfants remis en place par leur professeur d'école, arrêtions nos discussions riantes pour parler tout bas en attendant notre tour de justifier notre identité, et moi d'expliquer ce que je faisais dans ce pays qui n'était pas le mien. Mes papiers étaient-il en ordre, m'étais-je annoncée à la police, ma tante se portait-elle bien garante de moi?

Ils me rappellent aussi les militaires campés sur leurs miradors, entourés de barrières surmontées de fils barbelés, longeant cette frontière entre l'Ouest et l'Est, renforcée par un no man's land sans fin. La peur de la petite fille se rendant compte qu'elle entre en territoire ennemi, alors que ce territoire est pour elle synonyme de famille, d'amis, de rires et de joie.

Ce qui me rassurerait, ce serait que vous arrêtiez de vendre des armes, de bâtir des armées, de fomenter des plans de toute puissance, que ce soit à petite échelle dans votre foyer, ou à plus grande échelle, nationale ou internationale. Ce qui me rassurerait, ce serait que vous vous rendiez compte que vous aussi, oui vous tous, autant que vous êtes, êtes humains et avez en vous le pouvoir de choisir de vous aimer et de vous respecter, ce qui vous permettra de nous aimer et de nous respecter.

Les choses ne sont pas si simples, me direz-vous. Mais j'ose affirmer, dans la folie de mon espérance, que si, elles le sont. Si chacun commence par s'aimer et se respecter, il sera capable de montrer de l'amour et du respect pour l'Autre. Si chacun fait un effort à son niveau, nous grandirons tous et serons capables de vivre dans un monde fait de respect, avec ses règles et ses lois. Pour cela, il faut avoir l'humilité de reconnaître que la toute puissance n’appartient pas à l'Homme.

dimanche 1 mai 2016

Les Eaux-Vives

Un quartier dans lequel je me promène souvent ces temps.


Au bout de la rue, le jet d'eau...


mercredi 27 avril 2016

Rentrer à la maison

Rentrer à la maison, là où le bonheur t'attend
Là où les rires et les échanges font le quotidien
Là où les jeux communs sont tant de moments de complicité
Là où des confidences sont faites au détour d'une promenade
Là où un enfant t'offre un bracelet qu'il a confectionné pour toi et que tu portes avec fierté
Là où la douleur de certains jours est amoindrie par l'écoute et la compréhension
Là où les larmes ont leur place mais arrivent bien vite à se transformer en sourire
Là où une simple tartine peut devenir un repas de fête
Là où le lien est suffisamment fort pour te permettre de grandir en toute sécurité
Là où tu te sens porté par l'amour
Là où tu as envie de revenir, encore et encore.

jeudi 21 avril 2016

Légy aki vagy - sois qui tu es

C'est une chanson d'un groupe hongrois nommé Republic et que j'écoutais beaucoup dans les années 1990 et 2000. Elle est un peu mélancolique - nous autres Hongrois aimons la mélancolie et les chansons pleureuses, même notre hymne national parle de l'adversité qui nous broie depuis longtemps. Mais ce n'est pas la mélancolie qui me touche, mais les paroles, si vraies, de cette chanson.

Le refrain appelle à être qui on est, celui qu'on a été ou aurait voulu être et à faire ce qui est possible, même si on ne l'a pas fait jusqu'à présent. La chanson invite à chercher une nouvelle maison quand le chemin s'arrête, à ne pas se renier, à se mettre en route  - et c'est le nouveau chez soi qui vous trouvera lui-même.

Malgré l'air mélancolique, elle appelle à l'espoir. Quand on choisit l'espoir et la confiance qui va avec, tout est possible...




mercredi 20 avril 2016

Promenade et méditation

Partir chercher du pain à 500m de chez soi, trouver que la boulangerie est trop près et aller à celle située plus haut dans le village voisin, et se retrouver à faire une promenade de 3km car en revenant on trouve qu'il fait trop beau et que la balade était trop courte.

Se laisser porter par la contemplation des arbres en fleurs, un ruisseau caché dans une petite forêt, une grotte dans la forêt suivante. Se prendre au jeux de l'imagination, des cailloux qui plongent dans l'eau, des lutins qui pourraient habiter la grotte qui n'en est pas une.

Sentir la chaleur du soleil, s'émouvoir devant la splendeur de la création, laisser aller son esprit.

Penser à Kant qui aimait se promener quotidiennement (seul, pour ne pas avoir à parler), Nietzsche qui avait besoin de marcher pour créer, Rousseau et Les Rêveries du promeneur solitaire. Il faudrait aller à Sils-Maria ou sur l'Ile Saint Pierre prochainement, d'ailleurs (Königsberg semble un peu loin).








dimanche 17 avril 2016

Balade au Canada

... Dans le Jura!



jeudi 24 décembre 2015

Cette étrange relation à l'âge

C'est un billet un peu brouillon et décousu que je vous propose ce soir, amis lecteurs. Veuillez m'en excuser. Il me trotte dans la tête depuis... toujours, peut-être. Je n'arrive pas à mettre la forme qu'il faut pour exprimer ma pensée, ce sera donc une mosaïque composée de fragments d'idées.

Étrange notions que celles de l'âge, de la jeunesse ou de la vieillesse. Tout dépend de la perception que nous en avons, je suppose.

Je me souviens qu'à l'école nous avions appris, en cours de biologie probablement, qu'une génération, c'était vingt-cinq ans. J'avais vite fait le calcul, mes parents n'avaient pas vingt-cinq ans de plus que moi. Moins, demanderez-vous? Non, plus. Beaucoup plus. Mais alors, mes parent étaient-ils de la génération de mes grands-parents ou même de mes arrière-grands-parents?

J'avais ce jour-là réalisé que mon père avait à quelques années près le même âge que mes grands-parents maternels. Mais ce n'était pas possible, mon père n'était pas vieux! Il était peut-être à la retraite, mais pas vieux, non. D'ailleurs, mes copains ne me croyaient pas quand je leur apprenais son âge.

La belle-mère de mon cousin, au contraire, était grand-mère à trente-six ans. Quand ma propre mère avait trente-six ans, je n’étais pas encore entrée dans sa vie.

Il n'y a pas si longtemps que ça, je disais à mes amis: "Mais tu es jeune, tu as l'âge de ma sœur." Aujourd'hui, je leur dis: "Je t'interdis de dire que tu es vieux, tu as l'âge de ma sœur." Je t'arrête tout de suite, sœurette, si tu me lis: tu n'es pas vieille.

Je me souviens de cette amie, de vingt-cinq ans mon ainée, qui m'avait demandé où j'avais été en mai 68. Ça m'avait fait sourire. J'avais à peine vingt-cinq ans et nous étions au début des années 2000. Mais finalement, nos parents avaient le même âge, nous connaissions le même type de soucis, pourquoi n'aurait-elle pas eu l'impression que nous avions toutes deux le même âge?

Ah oui, les amis plus âgés que moi, c'est toute une histoire aussi. Probablement que le fait d'avoir grandi dans une fratrie dans laquelle l'écart d'âge était important m'a habituée à fréquenter des gens plus âgés que moi. Adolescente, c'était bien agréable: il y avait toujours quelqu'un pour m'inviter ou me reconduire à la maison à la fin d'une soirée. Plus tard, je suis partie en vacances (officiellement il s'agissait d'un convoi humanitaire) avec une quasi inconnue dont les enfants avaient mon âge. Croyez le ou non, c'étaient les vacances les plus drôles que j'avais passées et une amitié en est née. Je pense aussi à cette amie rencontrée au travail. Elle aussi a des enfants de mon âge. Bien que je me rende tout à fait compte qu'une génération nous sépare, je ne la considère pas du tout comme une figure maternelle, mais comme une amie. Paradoxalement, que la relation entre elle et mes enfants soit celle d'une grand-parentalité virtuelle, comme elle le dit, me semble tout à fait naturel.

Je me souviens, enfant, avoir échangé des lettres avec la fille de mon cousin du côté paternel car c'était elle qui était de la même génération que moi. Ou non? La génération se définissait-elle par rapport à notre place dans l'arbre généalogique ou par notre âge? C'était troublant.

Un été, j'étais partie en vacances avec ma jeune nièce aujourd'hui adulte. Quand on la prenait pour ma fille, je me disais que finalement ça aurait pu être possible. Tout comme ma nièce pourrait avoir des enfants de l'âge de mes enfants après tout.

Je pense à ce papa d'adolescentes qui me dit parfois qu'il est un vieux père, à soixante ans. A soixante ans, mon père était tout juste devenu jeune père d'une petite fille. Mais je pense aussi à cette rêveuse de cinquante ans qui espère le prince charmant. Sauf que le prince charmant ne doit surtout pas être plus âgé qu'elle, parce que plus âgés qu'elle, les hommes sont vieux. (Je prie le papa susmentionné de bien vouloir oublier cette dernière phrase.)

Je pense aussi à cette amie de mon âge dont les enfants prennent leur envol, alors que les miens ont à peine pris le chemin de l'école. Ou à ces mamans très jeunes qui ont des enfants de l'âge des miens. Au jeune médecin de garde aux urgences, qui me fait me sentir vieille. A cette conductrice qui a l'air d'être si jeune mais qui doit être déjà majeure si elle a le droit de s'asseoir derrière le volant.

Vraiment? Serais-je passée du côté des vieux?

Non, non. Je ne suis pas vieille, pas plus qu'il y a quinze ou vingt ans. J'ai acquis de l'expérience. Certains, quand ils parlent de personnes jeunes, pensent à des personnes de mon âge. Même moi, il m'arrive de dire qu'une personne est jeune, elle n'a que quarante ans. (Tiens, ça me rappelle une phrase à propos des gens de l'âge de ma jeune sœur...)

Depuis que je me suis remise au sport (et que celles et ceux qui ont vu le dernier spectacle de Florence Foresti se rassurent, je ne me mettrai pas sérieusement au yoga), je me dis que quand je serai grande, moi aussi je serai en bonne forme physique. Il y a donc encore de l'espoir, je me donne, allez, dix, vingt ans?

jeudi 19 novembre 2015

Il est vrai

Il est vrai que je suis particulièrement touchée quand un petit commerçant d'une commune voisine se fait braquer.
Il est vrai que je suis plus ébranlée par des attentats terroristes se passant dans le pays que j'habite que par ceux perpétrés dans un pays lointain.
Il est vrai que je pense en premier aux amis que j'ai à Paris, et seulement ensuite aux autres Parisiens.
Il est vrai que les miradors entre l'Autriche et la Hongrie m'angoissaient plus que ceux d'autres pays.
Il est vrai que la surveillance soviétique m'inquiétait plus qu'une autre, mon père relisant toute lettre que l'adolescente que j'étais écrivait à la famille derrière le rideau de fer.
Il est vrai que que la guerre en (ex-)Yougoslavie m'avait particulièrement préoccupée, pouvant entendre les tirs du front entre la Serbie et la Croatie quand j'étais chez ma tante.
Il est vrai que je me faisais du souci pour les copains qui faisaient leur service militaire dans un pays qui n'était pas totalement le leur, pris dans un conflit qui n'était pas le leur non plus, beaucoup plus que pour des soldats d'autres pays.
Il est vrai que je suis plus attentive aux événements dans les pays dont sont originaires mes amis et me collègues qu'aux actualités dans les pays avec lesquels je n'ai pas de lien particulier.
Il est vrai que je suis touchée par les choses qui sont proches de moi, de ma vie, de mon quotidien. C'est humain.
Mais il est vrai aussi que je ce qui est humain me touche, par ce lien qui nous relie tous les uns aux autres.
Il est vrai qu'à chaque attentat je suis choquée. Que ce soit à Beyrouth, Bagdad ou Nairobi.
Il est vrai que ma gorge se noue quand je pense à ces parents qui sont prêts à embarquer leur famille sur un bateau surchargé pour traverser une mer inconnue dans l'espoir d'une vie possible.
Il est vrai qu'à chaque éboulement, chaque inondation je dois retenir mes larmes en pensant aux victimes, que ce soit en France ou au Brésil.
Il est vrai qu'à toute mobilisation je pense aux femmes, aux parents, aux amis en souci pour ces êtres aimés partant en guerre.
Il est vrai que quand j'entends parler d'un viol, mon corps se crispe.
Il est vrai que quand je vois des actes de violence physique, je suis paralysée de désespoir.
Il est vrai que la violence verbale me révolte.
Il est vrai que l'injustice me donne envie d'agir.
Il est vrai que la vie m'est chère, autant la mienne que la tienne.
Oui, toi. Qui que tu sois.

mardi 15 septembre 2015

Tétanisée

Ces jours...

où la douleur d'un proche est difficile à supporter,
où la pile de choses pas faites pour cause de jour férié et à terminer de préférence avant le lendemain et l'autre pile de choses à faire pour préparer le lendemain semblent s'agrandir chacune de leur côté,
où les questionnements d'un collègue me prennent aux tripes,
où le malheur du monde semble infini,
où l'exercice de feu tombe au mauvais moment,
où mon perfectionnisme mal placé me retient de travailler - non, je ne peux vraiment pas rendre ce document comme ça - plutôt que de me pousser à faire mieux,
où la fatigue prend mes épaules, ma nuque et mes yeux,
où je n'ai même pas entendu le son de la guitare de mon voisin de couloir,
où j'entends des histoires de trajectoires qui me rendent pensive,
où je suis tétanisée par... Mais par quoi?

Qu'ont-ils donc, ces jours-là?

Rien de plus que les autres finalement... Il suffit de ne pas oublier de respirer, de faire, pas à pas, une chose après l'autre, d'avancer, tant bien que mal, d'avoir le courage de laisser de côté des tâches, de regarder ce qui a été fait, vécu, partagé.

Laisser le flux de la vie reprendre le dessus et reprendre sa place dans mon corps et mon âme.

mardi 4 mars 2014

Les enfants, le travail et la vie moderne


Hier soir, j'ai suivi un bout de débat sur une chaîne de télévision publique française, qui portait sur la place des femmes dans la société. J'ai été choquée par les propos d'une chef d'entreprise, choquée elle-même par le fait que certaines femmes n'appellaient pas leur lieu de travail pour garder un contact pendant qu'elles étaient en congé maternité. La chef d'entreprise en question estimait que ces femmes-là ne devaient pas s'étonner de ne pas retrouver leur poste ou fonction à leur retour (la legislation française prévoit qu'une femme retrouvera un poste égal à son retour de congé maternité, pas forcément le poste occupé auparavant). Ma réaction a été de m'exclamer: "Mais laissez-les tranquilles, qu'elles vivent leur congé maternité comme elles le veulent!" Même si je connais des femmes qui n'arrivent pas à se déconnecter de leur travail dans ce type de situation et même si je peux le comprendre - je ne suis pas sûre que j'arriverais moi-même à totalement laisser de côté mon travail pendant seize semaines aujourd'hui. J'estime tout de même que les femmes qui prennent leur congé maternité sans garder un contact plus ou moins régulier avec leur travail devraient pouvoir y retourner sans être lésées. N'en est-il pas de même de la personne qui est malade? Ou celle qui est en vacances? Faut-il vraiment être disponible pour son employeur à tout temps?

Puis, aujourd'hui je me suis prise à vérifier mes mails professionnels sur mon téléphone portable malgré le message d'absence sur ma boîte mail (quelqu'un pourrait-il m'expliquer pourquoi je reçois un nombre impressionnant de rapports de projets quand je suis en vacances?). Je n'y ai pas répondu, c'est déjà ça. Mais au moins, je sais à quoi m'attendre lundi prochain. Ensuite, je me suis rendue compte que j'étais en train d'anticiper lundi prochain, puis mardi et les autres jours de la semaine. Tout cela parce que mes enfants sont en vacances scolaires, que je n'ai pas de mode de garde et que je me débrouille entre les bonnes âmes qui me proposent de l'aide, les rendez-vous médicaux des enfants, leurs activités extra-scolaires, mes heures de travail à faire, et les déplacements (en direction de l'aéroport pendant le salon de l'auto). Pourquoi toute cette pression, ce stress, cette angoisse? Un mélange de mon éducation, de conscience professionnelle et de la pression que je suis capable de me mettre toute seule probablement. Le malaise de devoir demander à plusieurs personnes de me dépanner, celui de devoir adapter mes horaires de travail une fois de plus, de tirer encore un peu, juste un petit peu...

Je ne travaille même pas dans un secteur où le travail se mesure à la performance ou à l'argent gagné, ni dans un poste où je suis liée à des horaires fixes. Je ne travaille même pas à plein temps! N'empêche que, quand on a des enfants, qui eux sont liés à des horaires scolaires, et encore trop petits pour rester seuls après l'école (sans parler des déplacements dans ma campagne non desservie par les transports publics), on n'est pas libre de son temps. En temps normal, nous nous organisons autour des horaires des enfants: Madame par tôt le matin et rentre pour la sortie de l'école, Monsieur dépose les enfants à l'école le matin et rentre tard le soir, ce qu'il ferait même s'il n'était pas présent à la maison le matin. Nous ne sommes de loin pas les seuls dans ce type de situation, et, même si nous n'avons pas la chance d'avoir de la famille près de nous pour nous aider, nous avons des amis qui nous dépannent et surtout, nous avons la chance de chacun avoir une certaine latitude dans nos horaires de travail. En échange, nous sommes disponibles, nous répondons à des messages tard le soir ou les jours fériés, nous travaillons parfois les jours de vacances.

Nous, la nouvelle génération de workaholics pris dans l'étau des attentes de la société et de la vie modernes.
Vraiment? Je pense à mes parents: ma mère médecin, qui certes rentrait tous les midis et ne travaillait pas le mercredi après-midi dans mes souvenirs de jeune enfant, mais qui n'était souvent pas là le soir pour cause d'urgence, ou le weekend. Mon père pasteur qui sillonnait la moitié de la Suisse pour aller à la rencontre de ses paroissiens, qui était pris tous les weekends. Une famille où la porte était toujours ouverte, où l'on se retrouvait parfois avec des gens venus de loin qui restaient le temps d'un repas ou déposaient leurs valises quelques temps. Je pense à ma tante qui dirigeait un magasin, qui n'avait qu'un jour de congé par semaine et pas de vacances, à mon oncle agriculteur qui commençait sa journée à 5 heures du matin et la terminait parfois très tard selon les travaux à faire. Lui non plus n'a pas connu les vacances, ou très rarement. Je pense aux générations avant eux, et aux travailleurs dans les usines ou dans les mines, qui, il n'y a pas si longtemps,  travaillaient 12 heures ou plus par jour.

En fait, plus les choses changent, moins elles changent. Les mécanismes restent les mêmes, l'argumentation et la situation légale (théorique) ont évolué mais l'être humain reste esclave de tout une ribambelle de contraintes, externes ou internes. Ce qui a changé, ce sont les moyens de se débrouiller, de jongler avec nos vies, nos horaires, nos soutiens. Nous avons gagné en confort, en qualité de vie, de santé, en pouvoir d'achat. Mais fondamentalement, nous gardons les mêmes préoccupations, les mêmes questions, les mêmes problèmes. Nous restons tout aussi humains face à des systèmes et des fonctionnements que nous créons dans nos sociétés. Jusqu'au jour où nous aurons le courage de briser vraiment les chaînes qui sont les nôtres.



dimanche 9 février 2014

Immigrée...

L'histoire que je vais vous raconter est la mienne, mais pas seulement. Elle pourrait être celle de tant d'autres personnes, en Suisse ou ailleurs.

J'ai grandi en tant que fille d'immigrés dans un pays tranquille, stable et à tradition humanitaire. Mon enfance, d'un point de vue identitaire, n'a pas été facile. Petite Hongroise à passeport suisse, j'ai grandi comme francophone dans une ville germanophone. Vous direz que mes parents n'ont pas choisi la facilité. La vie fait que nos choix ne résultent pas toujours sur des solutions lisses, faciles et confortables à tous points de vue. Je ne m'en plains pas, je constate tout simplement que les choses sont toujours plus complexes qu'elles ne paraissent. J'ai donc eu la chance de grandir dans un pays qui ne connaissait ni la guerre, ni la répression. Un pays dont on m'a appris à apprécier et respecter la tradition démocratique, les valeurs et les coutumes. Un pays dans lequel je me sentais bien, même si j'avais quelque peine à trouver mon ancrage identitaire dans ce mélange qu'était la culture hongroise que me transmettaient mes parents, le tiraillement que nous vivions entre le "ici" et le "là-bas" - là-bas qui avait été déchiré et qui ne comprenait pas les lieux d'origine de mes parents -, la vie de petite francophone dans une ville suisse-allemande, qui se faisait traiter de sale Française par les enfants autochtones, l'intégration dans mon quartier avec les enfants suisse allemands, y compris la participation à la danse folklorique avec des copines. Mes souvenirs de cette enfance sont globalement bons, mais compliqués. Je n'étais ni la petite Bernoise dans son groupe de danse, ni la petite Genevoise type exilée à Berne, ni la Hongroise classique, étant originaire de régions hors limites nationales.

Mon père était originaire d'une ville qui a changé dix-sept fois d'appartenance durant les années qu'il y a passées, et qui se situe en Ukraine aujourd'hui. Il est né en pleine première guerre mondiale, durant laquelle un de ses frères est tombé. Un jour, alors qu'il était jeune étudiant, sa mère lui a dit de s'en aller et de ne pas revenir. Je ne sais pas si vous vous rendez compte de ce que ça veut dire. Moi non. J'ai une intuition du déchirement que cela doit être, mais je ne sais pas ce que c'est de devoir envoyer mon enfant au loin, sans savoir si je le reverrai un jour. Elle ne l'a jamais revu. Il a fait ses études à Bratislava et à Budapest, où il a vécu la seconde guerre mondiale. Un jour, à son travail, on lui a dit de prendre ses vacances, tout de suite. En passant par Vienne, il est arrivé à Genève, dans l'idée de continuer en direction du Canada. Mais le Canada ne voulait pas de lui car il avait eu la tuberculose, maladie qui lui a peut-être sauvé la vie pendant la guerre en le réformant de la bataille armée. C'est comme ça qu'il s'est retrouvé à Genève, où il a repris des études et où il a demandé la nationalité quelques années plus tard. Avec un permis de séjour qui portait la mention "apatride". Apatride.

Ma mère vient de Voïvodine. Elle et sa soeur sont toutes deux nées dans la même maison, mais l'une en Yougoslavie, l'autre en Hongrie. Etrange monde tout de même... Elle est venue en Suisse en 1968 et n'a pas voulu retourner dans son pays dans un contexte où tous craignaient les réactions de l'URSS.

En Suisse, ils vivaient à Genève, qu'ils ont quittée pour Berne quand ma mère a voulu poursuivre une spécialisation médicale pas faite pour les femmes, à savoir la gynécologie et l'obstétrique. Même au sein de ce pays stable et démocratique qu'était la Suisse, les chances n'étaient pas les mêmes partout pour une femme en ce temps-là.

C'est comme ça que j'ai grandi dans la capitale germanophone, moi, petite francophone d'origine étrangère, qui était très à cheval sur les fautes d'orthographe de ses copains. Peut-être parce qu'il fallait prouver, plus que les autres, que j'avais ma place dans cette école de langue française qu'était la mienne?

Jeune adulte, j'ai continué à chercher mes repères, en allant poursuivre mes études à Budapest, puis en revenant à Berne et y faisant mes études, y travaillant. C'était trop dur, je l'avoue. Je n'arrivais pas à exprimer ma pensée avec suffisamment de précision quand j'utilisais le dialecte bernois. C'est ce qui m'a poussé à reprendre des études en mode bilingue à Fribourg. Me rapprocher des racines francophones de mon identité. Puis, j'ai rencontré l'homme qui est devenu mon mari, un Français qui s'était perdu à Berne. Nous avons fini par nous installer à Genève, alors qu'aucun de nous ne pensait y rester. Mais le travail, la ville, la vie ont fait que nous sommes restés là. Ou presque. N'ayant pas trouvé de logement, nous avons opté pour la vie de frontaliers en nous installant à deux kilomètres à peine de la frontière.

Nous non plus, nous n'avons pas cherché la facilité. Qui dit frontalier dit moins de droits, dit préjugés. Moi-même, je me suis entendu dire il y a un an que je savais bien comment ça fonctionnait, les frontaliers coûtent moins cher et sont bien plus intéressants à employer Madame. Et ça par un homme instruit, travaillant dans un domaine supposé humain ou humanitaire. Nous avons gagné de la place, un jardin, la campagne près de la ville. Nous avons gagné un certain confort. Mais nous avons aussi perdu le confort de la ville, des transports publics, de la couverture d'assurance maladie ou d'assurance chômage confortable en Suisse. Nous payons nos impôts dans les deux pays, participons à l'effort social des deux pays et sommes montrés du doigt par ces mêmes deux pays.

Nos enfants grandissent entre deux pays, celui de Papa et celui de Maman. Avec, en plus, le pays d'origine de Maman, les visites à la famille, la vie au village de leur grand-tante. Eux non plus n'auront pas un ancrage identitaire facile, mais qui l'a, de nos jours.

J'espérais qu'ils pourraient grandir dans un monde, dans une époque et dans une région où les frontières et les nationalités ne seraient pas une barrière. Aujourd'hui, je n'en suis pas sûre. Aujourd'hui je pleure et je suis en souci pour mon mari non Suisse qui veut continuer à travailler en Suisse, pour notre place ici, ma place en tant que Suissesse en France. Le retour à la migration contrôlée, aux cercles d'immigrés, à la distinction entre les "gentils" étrangers et les autres. Parce que j'oubliais de le dire, j'ai grandi comme gentille étrangère dans un pays, les pauvre ressortissants des pays de l'Europe dite de l'Est étaient ressentis comme dignes de se faire une place en Suisse. Un Français aujourd'hui, je n'en suis pas sûre.

Ce billet me trottait dans la tête depuis quelques temps, et aujourd'hui j'ai eu besoin de le partager, même s'il est brouillon, s'il part dans tous les sens, s'il est rempli d'émotions.

La fille de réfugiée que je suis réagit toujours fortement quand elle voit ou entend des histoires de guerre, de fuite, de déchirements de familles. La cousine et copine de jeunes gens ayant vécu la guerre en ex-Yougoslavie que je suis souffre à chaque histoire de guerre. La fille qui a vécu les miradors entre l'Autriche et la Hongrie est parfois prise de maux de ventre quand elle voit un douanier. La fille qui a entendu les bruits de guerre à cent kilomètres à peine du village de ses grands-parents et qui a vu les coupures de courant et le manque de biens de première utilité ne sait pas ce qu'est la guerre au quotidien, mais elle en a une impression. La fille d'un père apatride réfugié dans un pays ne sait pas ce que c'est de ne plus avoir de patrie, mais sait très bien ce que c'est de ne pas se sentir totalement chez soi. Cette fille, cette femme-là espère et se bat pour un village, une ville, une région, un pays, un monde où la vie peut être accueillante, où chacun a le droit d'avoir une place sans que l'autre craigne de perdre la sienne. Je crois que nous avons tous notre place là où nous sommes, dans la mesure où nous nous investissons dans notre vie et dans la vie de la société.

La votation de ce jour semble dire le contraire, mais j'ose espérer que ce n'est qu'une apparence et que l'avenir nous montrera un chemin constructif de cohabitation. J'ose la folie de l'espoir.

mercredi 6 mars 2013

Vide



Un grand vide
Alors que je voudrais parler
De chaînes brisées
De servitude dénouée
De lumière après la nuit.

Le mur ne serait-il pas encore assez haut?
Le joug pas assez lourd?
La solitude pas assez profonde?
Ou ne vois-je simplement pas que tu es là,
Que tu souffres, que tu pleures, que tu meurs,
sous mes yeux, avec moi?

mardi 23 octobre 2012

Sans titre

Un voyage dans mon enfance, une renaissance, le printemps était venu. Avec lui des changements professionnels: une reprise du travail pour l'une, l'expérience du parent au foyer pour l'autre. Puis l'été, le soleil, la chaleur, un peu. Loin déjà, les bruits de la piscine posée dans le jardin. Les vacances ont fait place à la rentrée, à son rythme plus stricte, ses matins parfois chaotiques. Voilà que l'automne arrive, les feuilles tombent, la vie ralentit. Ralentit-elle vraiment? Le preuve en serait que je prends quelques minutes pour écrire ces lignes, vite, vite avant que je ne perde mon élan. La preuve du contraire serait la reprise... de nouveaux changements professionnels, des engagements, des envies, des rêves.


lundi 30 avril 2012

Voyages dans mon enfance

Une maison (ou plutôt deux), une rue, un village. Dans mon enfance, nous allions régulièrement chez ma tante pendant les vacances. Nous dormions chez elle, sa maison était plus grande et plus confortable que celle de ma grand-mère, qui n'avait qu'un robinet d'eau froide à la cuisine et les toilettes dans la cour. Très effrayantes, les toilettes dans la cour, avec le chien qui aboyait,  pour la petite citadine que j'étais. Mais le matin, j'aimais aller chez elle, un peu plus bas, de l'autre côté de la rue, pour manger de la semoule au lait et au sucre, un vrai régal.

Un peu plus bas, au bout de la rue, la place du village, le magasin de mon grand-père, le supermarché, plus loin encore le grand magasin où travaillait ma tante, puis le kiosque à graines de tournesol et le vendeur de glaces.

Le cinéma, le parc avec l'église, sa grande cure et les visites chez le pasteur dont la femme sentait bizarre (toujours dans mes souvenirs de petite fille). Bonjour par-ci, bonjour par-là, un cousin ici, une grande-tante là. Le village était petit, les rues aussi.

Trente ans plus tard, tout y est, ou presque. La maison de ma tante, où je retourne maintenant avec mes fils - un jour j'y emmènerai aussi mon mari, on a failli y arriver cette année. Maison qui n'a pas changée et où je suis souvent retournée, enfant mais aussi jeune adulte, quand je "rentrais pour le week-end" comme mes potes qui étudiaient avec moi à Budapest. La maison de ma grand-mère, qui est toujours là mais n'appartient plus à la famille. L'année dernière, j'ai vu un bus garé dans la cour. Un bus. Chez ma grand-mère. Le supermarché se situe toujours au même endroit, même s'il a plusieurs fois changé d'enseigne entre temps. Aujourd'hui, on y trouve de nouveau de tout ou presque. Pas comme à la fin de la guerre, quand je venais il y a quinze ans et que les étals étaient quasi vides. A la place du magasin de ma tante, un gros trou. Mais le vendeur de graines et le glacier sont encore là et la glace à la vanille a toujours le même goût. Et dans le parc, une belle place de jeux qui n'existait pas quand j'étais petite.

Les rues sont les mêmes, rien n'a changé, ou presque. Rien n'a changé en trente ans. Et tout a changé en si peu de temps. Le pays a vécu une guerre, les gens ont connu la misère mais ont continué à marcher. Aujourd'hui, le bilan n'est pas rose.

Rien n'a changé. Ou peut-être si? Il y a trente ans, les livreurs en tout genre n'utilisaient pas des voitures tirées par des chevaux.

Je suis contente de pouvoir montrer une vie un peu différente à mes fils, et aussi de partager avec eux des souvenirs d'enfance. Pour l'instant, ils ne voient pas les différences, seulement la famille, les animaux, les jeux, le bonheur d'être en vacances. Souvenirs d'enfance...


vendredi 27 avril 2012

Broderie - Hímzés


Pendant les vacances, j'ai visité une exposition de broderies et autres activités manuelles au village de ma tante. Il y avait de magnifiques ouvrages folkloriques - bien sûr, il faut aimer le genre mais on peut tout de même admirer la précision du travail. J'ai beaucoup pensé à mes copinautes que vous trouverez ici.

Bácskossuthfalván tartották a 42. Nemzetközi Kézimunka és Gyűjtemény Kiállitást, éppen amikor én is ott voltam. Gyönyörű dolgokat lehetett látni, íme egy kis ízesitő:

En voici quelques photos:









Et l'arche de Noé!

Noé barkája is odatalált!










J'ai craqué et acheté quelques modèles traditionnels que je broderai peut-être d'ici que je sois vraiment âgée...

Hát én is bevásároltam, ilyen mintákat itthon nem találok. Na de mikor fogom kihímezni?



Mais pour commencer, je voudrais faire ceci:
De kezdjük szépen, lassan, ezzel:




Vous trouverez les détails ici. Itt találjátok meg.

jeudi 26 avril 2012

Pâques - Húsvét

Cet année, les enfants ont eu une fête de Pâques hongroise. D'abord, une journée à bricoler des choses et à se préparer dans le cadre de l'école hongroise, ce qui implique la tradition de la comptine et des garçons qui arrosent les filles à coup d'eau de cologne ou de sceaux d'eau. Dans notre cas, c'était des gouttes d'eau gentiment secouées sur les filles.

Az idén igen magyaros Húsvétot tartottunk. Először is húsvéti barkácsoláson vettünk részt a magyar ovi keretében. Volt tojásfestés, kosárka készítés és sok minden más, a locsolást nem kifelejtve!




Dimanche de Pâques, nous étions chez ma tante. Nous n'avons pas accompagné mon oncle à l'Eglise, ce sera pour une autre fois (Eglise froide, long culte en hongrois, pas de garderie... Je ne vous fais pas de dessin.) Par contre, les enfants ont préparé les nids pour le lapin, à chaque enfant un nid dans la pelouse. Juste à temps! A peine le dos tourné, le lapin était arrivé avec de très beaux cadeaux.

Húsvétkor pedig a nagynénémnél voltunk és a gyereket készítettek nyusifészket... Na, a nyuszi megis találta!







Le lundi, c'était tournée d'eau de cologne. Les garçons n'ont pas osé aller faire le tour de la famille et des amis, mais ils ont envoyé un petit pschiiiiiiiiiiiit sur maman et Ágimama, qui leur a même donné plein de sous. Quelle belle tradition, qui leur a permis d'aller s'acheter plein de DVD de dessins animés en hongrois, le bonheur à l'état pur!

Húsvét hétfőn locsolás! A fiúk meglocsolták anyut meg Ágimamát, a többi rokonokhoz már nem mertek elmenni. Sebaj, Ágimamától még locsolópénzt is kaptak, amin aztán egy csomó meseDVD-t vettek. Ha ez nem szép élet, akkor nem tudom mi!

jeudi 19 avril 2012

Différences... Ou non?

A Genève, une employé de supermarché touche un salaire de 3’600.- francs suisses (2’995 euros). Dans le village de ma tante, en Serbie, ma belle-soeur touche  entre 14’000 et 15’000 dinar (soit 140 euros).

Une boule de glace coûte 3fs50 à Genève, le paquet de couches le moins cher 12fs. Un paquet de cigarettes, autour de 6fs50, disons deux boules de glaces. Une caissière pourrait acheter 300 paquets de couches avec son salaire. 

Au supermarché du village qu'habite ma tante, j’ai acheté un paquet de couches en promotion pour 1’200 dinar (1’600 au prix normal). La boule de glace coûte 30 dinar. Le paquet de cigarettes est à 100 dinar, un peu plus de trois boules de glace. La caissière, ici, n’achète que 16.8 paquets de couches avec son salaire mensuel. 

La caissière que je connais, dans ce village de Serbie, arrive à faire vivre sa famille (deux adultes, deux enfants) avec son salaire, tant bien que mal. Moyennant le fait qu’elle n’a pas de loyer à payer, que, souvent, la famille mange chez les grand-parents, que ceux-ci leur fournissent fruits et légumes en été, et aussi les oeufs et la volaille. Qu’ils leurs donnent du bois en hiver, quand eux n’en ont plus. Et qu’ils payent des choses pour les enfants, comme les fournitures scolaires, les excursions, parfois une paire de chaussures. Quand les grands-parents ne pourront plus cultiver de potager et qu’ils n’auront plus de réserves, je ne sais pas comment fera cette famille. 

La caissière à Genève, je ne la connais pas personnellement. J’ai une amie femme de ménage qui gagne juste un peu plus qu’une caissière, et qui s’en sort plutôt bien, mais elle est seule avec son fils. Je doute fort qu’avec le même salaire, elle pourrait subvenir aux besoins d’une famille de quatre personnes. 

Les situations sont difficilement comparables, les conditions de vie très différentes. Quoiqu’on en dise, le confort est plus grand en Suisse qu’en Serbie... Mais ce qui relie les deux situations, c’est qu’en Suisse aussi, avec un salaire de caissière comme seul revenu, une famille de quatre vit dans la misère. Et que dans les deux cas, les familles souffrent de leur situation.

Paroles d'adolescent

C’est un adolescent de seize ans, il veut arriver à quelque chose dans la vie, dit-il. Il ne veut pas vivre comme ses parents, qui l’ont eu trop jeunes, ils avaient à peine dix-neuf ans. Sa mère n’a pas terminé sa formation, voulant rester à la maison avec son enfant. Elle lui a donné tout son amour, l’a nourri, habillé, soigné, accompagné sur son chemin de vie. Aujourd’hui elle travaille au supermarché du village, pour un salaire de misère. Mais au moins elle cotise pour la retraite qu’elle ne touchera pas, mais elle et les enfants ont une assurance maladie. Elle a un travail, c’est déjà ça. Mais elle travaille dur, est fatiguée quand elle rentre, sa pauvre mère. Son père, lui, n’a pas de travail. Il fait le taxi, parfois, quand quelqu’un a besoin d’aller en ville. Ca lui permet de gagner un peu d’argent, mais très peu, le prix de deux ou trois paquets de cigarettes. Le reste du temps, il aide les grands-parents, ses parents, à faire les tâches qui deviennent difficiles pour eux avec l’âge.

Lui, il va à l’école dans une petite ville à quelque kilomètres de chez lui. Ses parents ont à peine de quoi lui payer l’abonnement de bus et le sandwich pour le repas. Ca craint, de ne pas s’acheter à manger au buffet de l’école, les copains, eux, achètent leur déjeuner là-bas. Mais ça mère lui a dit que ça craignait ou non, c’était comme ça. Ses fournitures/cahiers d’école, se sont ces grands-parents qui les lui achètent. Quand il rentre de l’école, il s’arrête chez eux, leur raconte sa journée, mange quelque chose et rentre chez lui. Son petit frère aussi mange chez ses grands-parents. Même sa mère, souvent, en rentrant du magasin.

Son école ressemble à une école de commerce en Suisse. Il n’aura pas de bac, mais son diplôme lui permettra de faire les études de droit international qu’il voudrait, s’il trouve une bourse d’ici-là et s’il peut aller vivre dans la ville universitaire la plus proche. Et s’il ne peut pas aller à l’uni, il trouvera un travail de bureau, à la douane ou chez la police, ou dans un autre bureau d’Etat. Il ne veut pas de travail physique qui fatigue trop et ne nourrit pas assez. 

Il est amoureux, comme on est amoureux à seize ans. Il n’entend pas ce qu’on lui dit, plongé dans le message qu’il écrit à sa dulcinée. Elle est jolie, peut-être même me montrera-t-il sa photo sur facebook. Mais qu’on ne s’en fasse pas, explique-t-il, il ne va pas faire comme ses parents. Il est juste un peu amoureux, il n’a pas le temps pour une copine, vraiment. Juste un peu. Il veut terminer sa formation, il veut avoir une vie meilleure. 

Il aime son village, sa terre natale. Mais s’il devenait avocat, ce serait mieux d’aller s’établir en ville, ce n’est pas très loin, à une heure de route, il serait proche du village tout de même. 

Lui, c’est mon neveux. Un adolescent de seize ans bien sérieux. Il a des plans pour sa vie, m’explique-t-il. J’espère de tout coeur qu’il arrivera à ce qu’il veut.